Le smartphone devient-il un luxe au Congo ?

(ADN) – À l’heure où le numérique s’impose comme un levier essentiel de développement économique, social et administratif, l’accès aux smartphones reste un défi majeur au Congo. Entre taxes, droits de douane et diverses redevances appliquées à l’importation des terminaux numériques, de nombreux observateurs s’interrogent : le smartphone est-il en train de devenir un produit de luxe pour une partie de la population congolaise ?

Cette question prend une importance particulière alors que le pays affiche de grandes ambitions en matière de transformation numérique, de déploiement de la 5G et de digitalisation des services publics.

L’importation d’un smartphone au Congo est aujourd’hui soumise à plusieurs prélèvements. Parmi eux figurent les droits de douane, la TVA de 18 %, la redevance informatique de 2 %, ainsi que la taxe appliquée aux terminaux équipés de cartes SIM, dont le montant varie selon la technologie utilisée.

À cela pourrait s’ajouter le certificat d’homologation délivré par l’Agence de Régulation des Postes et des Communications Électroniques (ARPCE), fixé à 1 000 FCFA par terminal, même si cette mesure n’est pas encore appliquée à ce jour.

Pour les importateurs, l’accumulation de ces charges augmente mécaniquement le coût d’acquisition des équipements, lequel est ensuite répercuté sur le consommateur final.

En 2021, les autorités avaient instauré une exonération temporaire des droits de douane sur certains équipements numériques afin d’encourager l’accès aux technologies et de soutenir la transformation digitale du pays.

Cependant, cette mesure n’a pas été reconduite dans les lois de finances successives de 2024, 2025 et 2026. Le retour des droits de douane sur les téléphones, tablettes et autres équipements numériques a ainsi contribué à la hausse des prix observée sur le marché.

Pour de nombreux ménages, l’acquisition d’un smartphone moderne représente désormais un investissement conséquent dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie.

Le smartphone n’est plus un simple outil de communication. Il constitue aujourd’hui la principale porte d’entrée vers Internet, les services financiers mobiles, l’éducation en ligne, la télémédecine, les plateformes administratives et les opportunités économiques offertes par le numérique.

Lorsque le prix des terminaux augmente, ce sont des milliers de citoyens qui risquent d’être exclus de cette révolution digitale.

Cette situation pourrait particulièrement affecter les jeunes, les étudiants, les populations rurales et les petites entreprises qui dépendent de plus en plus des outils numériques pour leurs activités quotidiennes.

L’enjeu est également technologique. Selon des données publiées par l’ARPCE en 2023, seulement 4 % des téléphones en circulation au Congo étaient compatibles avec la 5G.

Bien que ce taux ait probablement progressé depuis, il demeure faible au regard des ambitions nationales en matière de connectivité.

Pourtant, le Congo a marqué l’histoire des télécommunications en Afrique centrale en devenant l’un des premiers pays de la sous-région à lancer des expérimentations 5G grâce à MTN Congo.

Mais sans accès abordable aux smartphones compatibles, les avantages de cette technologie risquent de rester hors de portée d’une grande partie de la population.

La situation soulève une question stratégique : comment accélérer la transformation numérique du pays tout en maintenant une fiscalité qui renchérit les équipements nécessaires à cette transformation ?

Les usages associés à la 5G et aux nouvelles technologies sont pourtant nombreux : agriculture connectée, e-santé, télémédecine, enseignement à distance, e-gouvernement, villes intelligentes et modernisation des services publics.

Pour plusieurs experts, l’accès aux terminaux numériques devrait être considéré comme un investissement dans le développement national plutôt que comme une simple source de recettes fiscales.

L’État doit naturellement mobiliser des ressources pour financer les politiques publiques. Toutefois, dans un contexte où le numérique est devenu un facteur clé de compétitivité et d’inclusion sociale, la question d’un allègement fiscal ciblé sur les équipements numériques mérite d’être posée.

De nombreux pays africains ont déjà expérimenté des mécanismes d’exonération ou de réduction fiscale afin de favoriser l’accès aux smartphones et d’accélérer l’adoption des technologies numériques.

Pour le Congo, l’enjeu dépasse désormais le simple marché des télécommunications. Il concerne la capacité du pays à réussir sa transition numérique, à démocratiser l’accès à Internet et à préparer sa population aux opportunités de l’économie digitale.

Le smartphone n’est plus un luxe technologique. Il est devenu un outil indispensable de développement. Reste à savoir si les conditions actuelles permettront à tous les Congolais d’y accéder.

Restra POATY pour Africa digital News

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *