RDC : Félix Tshisekedi veut renforcer la régulation des réseaux sociaux face à l’essor du numérique

ADN – Face à l’explosion des usages digitaux en République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi souhaite renforcer l’encadrement des réseaux sociaux afin de prévenir les dérives liées à leur utilisation.

Lors de la 80ᵉ réunion ordinaire du Conseil des ministres, tenue le 27 février à Kinshasa, le chef de l’État a instruit le gouvernement de mettre en place des mécanismes de régulation pour encourager un usage plus responsable des plateformes numériques, tout en garantissant le respect des libertés fondamentales.

Vers un usage « responsable et éthique » des réseaux sociaux

Selon le compte rendu officiel lu par Augustin Kibassa Maliba, ministre de l’Économie numérique, le président congolais a demandé au ministère de la Justice et au ministère du Numérique de proposer des mesures concrètes pour promouvoir un usage « responsable, éthique et rationnel » des réseaux sociaux.

Ces propositions devront être élaborées en concertation avec les services compétents et pourraient inclure, si nécessaire, des dispositions restrictives proportionnées et conformes à la loi afin de lutter contre les abus en ligne.

Une forte croissance des internautes en RDC

Cette initiative intervient dans un contexte de croissance rapide de la connectivité dans le pays. D’après les données du rapport Digital 2026 publié par DataReportal, le nombre d’internautes en RDC est passé de 21,14 millions en 2021 à 34,7 millions début 2026, soit une progression de 64,1 %.

Le taux de pénétration d’Internet atteint désormais 30,5 % de la population. Dans le même temps, les utilisateurs des réseaux sociaux ont plus que doublé, passant de 4 millions à 10,4 millions sur la même période.

Cette dynamique reflète une tendance plus large en Afrique subsaharienne. Selon l’GSMA, la pénétration de l’Internet mobile dans la région pourrait atteindre 50 % d’ici 2030, grâce notamment à la baisse du prix des smartphones et à l’expansion des réseaux 4G.

Désinformation et discours de haine : des risques croissants

Pour les autorités congolaises, cette expansion rapide du numérique s’accompagne de nouveaux défis. Les réseaux sociaux peuvent en effet favoriser la désinformation, les discours de haine, la manipulation de l’opinion ou encore l’incitation à la division.

Ces préoccupations sont d’autant plus sensibles dans un contexte sécuritaire fragile dans certaines provinces de l’est du pays, où les débats en ligne sont souvent dominés par des questions liées à la sécurité.

Le Code du numérique au cœur de la stratégie

Au centre de la stratégie présidentielle figure la mise en œuvre effective du Code du numérique de la RDC, déjà adopté pour encadrer les usages digitaux.

Selon l’exécutif, ce cadre juridique prévoit des mécanismes de prévention, de régulation et de répression des abus en ligne. Toutefois, les autorités estiment que ce texte reste encore insuffisamment connu et appliqué, aussi bien par les citoyens que par certains acteurs institutionnels.

Sensibilisation et formation des magistrats

Afin de renforcer son application, le ministre de la Communication et des Médias a été chargé d’organiser des campagnes nationales de sensibilisation, en collaboration avec les opérateurs publics et privés.

Par ailleurs, les magistrats devront être formés sous la coordination du Conseil supérieur de la magistrature, afin de garantir une application cohérente et dissuasive des dispositions prévues par la loi.

Miser aussi sur l’éducation numérique

Au-delà de la régulation, le gouvernement congolais souhaite également investir dans l’éducation numérique. Les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur ont été invités à intégrer progressivement dans les programmes scolaires des modules consacrés à l’usage responsable du numérique, aux réseaux sociaux et aux enjeux liés à l’intelligence artificielle.

Une tendance observée dans plusieurs pays africains

La démarche de Kinshasa s’inscrit dans une tendance plus large sur le continent africain, où plusieurs États cherchent à mieux encadrer l’espace numérique face aux défis de la désinformation et des menaces sécuritaires.

Selon le rapport Freedom on the Net 2025 publié par Freedom House, de nombreux pays africains ont adopté ces dernières années des lois relatives à la cybersécurité ou à la lutte contre les fausses informations. Certaines de ces mesures suscitent toutefois des débats, notamment sur leurs implications pour la liberté d’expression.

Un suivi régulier des mesures annoncées

Pour assurer la mise en œuvre des orientations présidentielles, un rapport détaillé devra être transmis tous les quinze jours par les ministres concernés.

Si les modalités précises restent encore à définir, le message politique est clair : à l’ère de la massification des usages numériques, la gouvernance des réseaux sociaux devient une priorité stratégique pour les autorités de Kinshasa.

Restra POATY pour ADN

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